La taxe Professionnelle remplacée par une « usine à gaz »
La ministre de l’Economie a affirmé, le 18 novembre, devant le Congrès des maires, qu’il n’y aura «ni gagnant, ni perdant» au terme du remplacement de la taxe professionnelle par la contribution économique territoriale (CET), mais comme nous allons le voir, il y a quelques raisons d’être inquiet pour l’avenir fiscal de la commune et de la communauté de St Malo.
Pour le gouvernement (l’objectif).
«L’objectif est de remplacer un impôt anti-économique par un impôt moderne qui marchera sur une jambe foncière et une jambe "valeur économique" afin que les entreprises n’utilisent plus l’alibi de la TP pour refuser d’investir». La réforme préservera les recettes et l’autonomie fiscale des communes et des EPCI.
Le produit de la taxe professionnelle sera remplacé «par
des ressources fiscales équivalentes pour partie prélevées sur les entreprises
et pour partie transférées par l’Etat :
La taxe d’habitation acquittée par les ménages dont
l’intégralité du produit ira aux communes,
· les taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties,
· le produit de la CET ventilé en une part foncière
· la cotisation locale d’activité (CLA)
· et une fraction de cotisation complémentaire (CC) assise sur la valeur ajoutée.
· S’y ajoutera le produit de nouveaux impôts : la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom) et la nouvelle imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau (Ifer) pour compenser des nuisances particulières.
Ce chapitre nous montre clairement que tout dérapage des dépenses municipales ne pourra être rattrapé que sur le seul impôt qui rentre directement dans les caisses de la commune : la taxe d’habitation. Aussi espérons que les dépassements budgétaires ne se reproduiront pas trop souvent.
A partir de 2011
Les élus conserveront «la liberté de fixer le taux des
impôts locaux». La réforme permettra aussi de maintenir le lien entre
l’entreprise et le territoire «puisque l’entreprise paiera la cotisation locale
d’activité (CLA) », ce que l’intercommunalité restituera à la commune au titre
de la cotisation complémentaire, la Tascom et l’Ifer.
Le fonds national de garantie individuelle des ressources
(FNGIR) corrigera les variations de recettes entre les collectivités.
«Les avantages fiscaux appliqués aux zones franches
urbaines (ZFU) et aux zones de redynamisation urbaines (ZRU) ne seront pas
affectés par la réforme»
Importantes diminutions de rentrées pour les municipalités et les
communautés.
La capacité d’autofinancement des communes et des
communautés est passée de 19,3 % à 15,1% des recettes de fonctionnement. Un
rythme d’effritement d’environ 0,8 point par an en moyenne, qui amoindrit
considérablement notre capacité d’investissement future. (depuis 2003)
Un effritement se produit alors même que nous disposions
toujours jusqu’en 2010, de ce carburant précieux qu’est la taxe professionnelle.
La réforme de la TP fera reculer l’autonomie fiscale des
collectivités. «Le pouvoir fiscal existant avec la taxe professionnelle est
réduit de 20% avec le système de remplacement», et le barème progressif de la
CET en fonction du chiffre d’affaires des entreprises, institué par l’Etat, qui
fait perdre aux élus leur pouvoir de décision sur le vote des taux de l’impôt
économique.
Hausse pour les ménages
La réforme de la TP «aboutira à transférer cet impôt payé
jusqu’alors par les entreprises sur les familles».
La suppression de la TP «entraînera en définitive soit une
hausse de 27% des impôts locaux ménages (taxe d’habitation et foncières), soit
une réduction équivalente des services publics locaux. Le risque pour les
municipalités qui n’ont pas senti venir cette nouvelle restriction drastique des
finances sera en dernier lieu d’effectuer des coupes sombres dans les budgets
dans la recherche d’un équilibre et force est de constater que l’ADICCE avait
depuis plus d’un an tiré la sonnette d’alarme sur ces changements. Nous sommes
hélas aujourd’hui devant la réalité et la simple prudence aurait permis d’éviter
des dépenses excessives et inutiles sur les audits à répétitions, la valse des
terrains des gens du voyage, sans oublier les fériales.
En conclusion de cette nouvelle donne qui s’inscrit dans un
montage complexe, et un désordre sans précédant, il faudra attendre 2011 pour
connaître réellement le coup de cette hausse d’impôts pour les familles de
consommateurs mais il est clair que l’état en se désengageant de l’impôt sur le
revenu en profite pour transférer aux régions son manque à gagner et au passage
lui fait supporter les hausses du coup de la vie totalement incontrôlées depuis
le passage à l’€uro…
Yves Guiziou